Le Sommet pour l’action sur l’IA a dévoilé quatre initiatives visant à favoriser un développement durable de l’intelligence artificielle, en mettant l’accent sur la consommation énergétique, les normes environnementales, l’accès aux ressources publiques et une gouvernance éthique.
Les engagements financiers ont occupé le devant de la scène lors du Sommet pour l’action sur l’IA, qui s’est tenu à Paris. L’Europe et les Émirats arabes unis ont chacun annoncé de nouveaux investissements dans le développement de l’intelligence artificielle. Si Stargate représente l’un des paris les plus ambitieux, il est loin d’être le seul.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Emmanuel Macron a annoncé un investissement de 109 milliards d’euros pour développer l’IA au niveau national, tandis que les Émirats arabes unis prévoient de consacrer 50 milliards d’euros à un campus européen de centres de données. Mais ces montants restent modestes face au projet Stargate, un méga-investissement de 500 milliards de dollars aux États-Unis, porté par SoftBank, OpenAI, Oracle et MGX.
Au-delà des engagements financiers, les avancées concrètes dans des domaines clés comme l’IA au service du public, l’avenir du travail, l’innovation, la confiance numérique et la gouvernance mondiale restaient plus floues. C’est dans cette optique que quatre nouvelles initiatives ont été lancées, chacune apportant une réponse spécifique aux défis de la durabilité de l’IA.
1) AI Energy Score : apporter de la transparence à l’empreinte énergétique de l’IA
Aux États-Unis, la consommation d’électricité des centres de données devrait passer de 4,4 % de la consommation totale en 2023 à une proportion vertigineuse de 6,7 % à 12 % d’ici 2028, en grande partie en raison de la demande croissante de l’IA. Pour répondre à cette explosion de la consommation, le pays ajoutera 46 gigawatts de capacité en gaz naturel d’ici 2030, soit l’équivalent de l’ensemble du réseau électrique de la Norvège.
« L’IA devient de plus en plus présente dans nos vies quotidiennes, impactant un grand nombre d’acteurs, mais son empreinte environnementale reste floue », explique Bruna Sellin Trevelin, conseillère juridique chez Hugging Face. « Sans davantage de transparence et de cadres clairs, il est impossible de prendre des décisions véritablement éclairées. Des initiatives telles que le Score énergétique de l’IA et la Coalition for Sustainable AI sont cruciales pour s’assurer que la durabilité ne soit pas seulement un sujet de discussion, mais un véritable engagement collectif. »
L’initiative AI Energy Score est portée par une coalition réunissant Salesforce, Hugging Face, Cohere et l’université Carnegie Mellon.
Il s’agit du premier cadre normalisé permettant de mesurer et comparer la consommation énergétique des systèmes d’inférence de l’IA, un domaine jusqu’ici opaque. Cette initiative a lancé un classement public de 166 modèles, accompagné d’un portail d’analyse comparative permettant aux entreprises de soumettre des modèles supplémentaires, qu’ils soient open-source ou propriétaires.
Boris Gamazaychikov, responsable de la durabilité de l’IA chez Salesforce, met en avant l’importance de cette démarche : « Jusqu’à présent, il n’existait aucun moyen clair de comparer les modèles d’IA en fonction de leur impact environnemental, et les modèles propriétaires ne bénéficiaient pas d’une évaluation sécurisée. L’AI Energy Score supprime ces obstacles, permettant aux entreprises, aux développeurs et aux décideurs politiques de prendre des décisions éclairées en faveur de modèles d’IA à faible impact. »
Il insiste sur l’urgence de la question : « C’est un enjeu crucial pour tout le secteur. La construction de nouvelles infrastructures énergétiques et l’augmentation de l’exploitation des combustibles fossiles pour alimenter les centres de données d’IA soulignent la nécessité d’agir rapidement. »
2) Coalition for Sustainable AI : aligner l’IA sur les objectifs de développement durable
L’expression « IA durable » peut prêter à confusion. Pour certains, cela se limite à réduire l’empreinte carbone de l’IA. Cependant, pour les membres de la Coalition for Sustainable AI, il s’agit aussi de « veiller à ce que l’IA soutienne l’Agenda 2030 des Nations unies et les Objectifs de développement durable (ODD), en mettant l’accent sur l’action climatique et la protection de l’environnement. »
Dirigée par la France en collaboration avec le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et l’Union internationale des télécommunications (UIT), cette coalition a rassemblé un nombre impressionnant de 91 partenaires, dont 37 entreprises technologiques, 11 pays et 5 organisations internationales.
Bien qu’elle n’ait pas pris d’engagements financiers contraignants, la mission de la coalition est claire : normaliser les mesures de l’impact environnemental de l’IA, encourager le développement d’une IA économe en énergie et créer des solutions alignées sur les objectifs mondiaux de durabilité.
Le sommet a également donné le coup d’envoi à plusieurs initiatives complémentaires : la publication d’un rapport scientifique sur les performances environnementales de l’IA, l’organisation d’un hackathon axé sur l’IA frugale, et le lancement du premier observatoire mondial de l’Agence internationale de l’énergie dédié à la surveillance de l’impact énergétique de l’IA.
Sara Hooker, responsable de Cohere For AI et vice-présidente de Cohere, souligne l’importance de la coalition : « Nous sommes enthousiastes à l’idée de collaborer avec la Coalition for Sustainable AI et d’autres leaders du secteur dans le cadre de notre engagement en faveur de l’efficacité de l’IA. Nous avons toujours estimé que la solution ne réside pas dans l’exécution infinie de calculs. En tant que laboratoire de recherche de pointe, nous nous engageons à réduire la quantité de calcul nécessaire pour réaliser des avancées, facilitant ainsi l’accès à une IA plus accessible et favorisant l’innovation.»
3) Current AI : au service de l’intérêt public
Au-delà des enjeux environnementaux, l’initiative Current AI ambitionne de redéfinir profondément le paysage de l’intelligence artificielle à travers des projets à grande échelle visant à servir l’intérêt public.
Avec un investissement initial de 400 millions de dollars, soutenu par le gouvernement français, AI Collaborative, des gouvernements influents et des partenaires industriels, Current AI poursuit un objectif ambitieux : lever 2,5 milliards de dollars sur cinq ans.
L’initiative repose sur trois axes stratégiques : élargir l’accès à des données de grande valeur et localement pertinentes dans des secteurs clés comme la santé, les médias et l’éducation ; promouvoir des normes ouvertes afin de garantir que les systèmes d’IA demeurent transparents, flexibles et inclusifs ; et établir des cadres solides pour assurer la responsabilité, la transparence, l’audit et l’engagement du public.
« Les bénéficiaires de l’IA dépendront des choix que nous faisons aujourd’hui », souligne Vidushi Marda, directrice des partenariats chez Current AI. « En prenant les bonnes décisions, nous pouvons bâtir un écosystème d’IA ouvert et public, offrant un accès à des ensembles de données précieux, favorisant la collaboration et stimulant des innovations concrètes qui amélioreront la vie des gens. »
4) ROOST : protéger l’avenir numérique
Alors que l’investissement a dominé les discussions lors du sommet, les échanges entre propriétaires d’actifs et investisseurs des deux côtés de l’Atlantique ont mis en lumière des préoccupations persistantes sur la sécurité et la sûreté de l’IA. Johannes Lenhard, PDG de VentureESG, souligne : « Les gens sont conscients des impacts négatifs potentiels et cherchent activement à les identifier et à les minimiser. »
Navrina Singh, fondatrice et PDG de Credo AI, une plateforme spécialisée dans la gouvernance de l’IA, met en évidence l’urgence de la situation : « Ce qui ressort de plus en plus clairement du sommet sur l’IA, c’est que les organisations doivent assumer la gouvernance de leurs systèmes. Bien que de nombreux outils d’évaluation existent déjà, le besoin de repères et de normes spécifiques aux cas d’usage et à chaque secteur devient de plus en plus pressant. Un thème majeur se dégage : les entreprises ne pourront pas tirer pleinement parti de l’IA sans une gouvernance appropriée. »
C’est en réponse à ces préoccupations que ROOST, une initiative soutenue par l’université de Columbia et financée à hauteur de 27 millions de dollars par des entreprises technologiques et des entités philanthropiques, a vu le jour.
Son objectif principal est de renforcer la sécurité en ligne, en particulier la protection des enfants dans l’ère de l’IA. Face aux risques accrus de contenus nuisibles liés à l’IA générative, ROOST ambitionne de créer une infrastructure de sécurité évolutive et interopérable. Elle commencera par proposer une série d’outils gratuits destinés à détecter et à atténuer les contenus d’exploitation d’enfants en ligne.
« Il est essentiel de proposer des alternatives réelles à l’IA fermée et opaque », déclare M. Lenhard. « Nous pensons que les investisseurs, en particulier ceux dans les start-ups, doivent bien examiner les entreprises d’IA dans lesquelles ils choisissent d’investir. Toute initiative qui sensibilise et fournit des outils pour encourager les investisseurs à s’engager dans cette direction est précieuse. Il est crucial d’adopter des visions alternatives et positives, tant pour l’Europe que pour le reste du monde. »
Une contribution de Diana Spehar pour Forbes US – traduit par Lisa Deleforterie
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