Rechercher

Mieux se connaître pour mieux diriger : la clé d’un leadership efficace

leadership
Mieux se connaître pour mieux diriger : la clé d'un leadership efficace. Getty Images

Lorsqu’il est question de leadership, l’accent est souvent mis sur la capacité d’un individu à influencer les autres. Pourtant, une influence véritablement efficace ne peut exister sans un travail préalable sur soi-même. Avant d’inspirer et de guider, un leader doit d’abord se développer personnellement.

 

Cette réalité est reconnue depuis des siècles. En témoigne cette réflexion intemporelle d’Aristote : « Se connaitre est le début de toute sagesse. » 

Spécialiste reconnue de la culture d’entreprise et de l’engagement des salariés, Heather Younger s’est imposée comme une référence en matière de leadership. Auteure américaine de plusieurs ouvrages à succès, elle accompagne les professionnels dans leur quête d’efficacité, aussi bien sur le plan professionnel que personnel. Dans son dernier livre, The Art of Self-Leadership: Discover the Power Within You and Learn to Lead Yourself, elle explore l’importance du leadership personnel comme clé de l’épanouissement et de la réussite.


Pour Heather Younger, le leadership n’est pas qu’une question de titre, mais avant tout une compétence personnelle. Dès lors, comment les dirigeants peuvent-ils encourager et développer le potentiel de leurs collaborateurs pour qu’ils deviennent, à leur tour, des leaders à part entière ?

« Il est crucial d’instaurer une sécurité psychologique avec les employés à haut potentiel que l’on souhaite accompagner vers des postes de direction », souligne Heather Younger. « Cela leur permet d’exprimer leurs préoccupations et de solliciter un feedback en toute confiance. Sans cet espace de dialogue, la dynamique de pouvoir risque de brider leur capacité à s’affirmer en tant que leader. »

Elle recommande également, lorsque l’organisation le permet, d’offrir un accompagnement personnalisé, notamment via des services de coaching, afin d’aider ces talents à structurer leur développement et à bâtir un véritable plan de progression.

 

Si le leadership commence par une transformation intérieure, comment un futur leader peut-il surmonter les doutes liés au syndrome de l’imposteur ?

« La première étape consiste à prendre conscience de ses propres succès et à reconnaître le chemin parcouru », explique-t-elle. « Le syndrome de l’imposteur naît souvent de la tendance à se comparer aux autres, au risque de minimiser ses propres réalisations. »

Pour éviter cet écueil, elle recommande un exercice simple mais puissant : tenir un journal quotidien des réussites et des moments de fierté. « Cela permet de changer progressivement son état d’esprit et, par extension, ses comportements, afin de continuer à progresser avec confiance. » Autre clé essentielle : la préparation. « Être bien préparé nous aide à donner le meilleur de nous-mêmes. Et lorsque les résultats sont au rendez-vous, ils renforcent notre conviction que nous sommes bel et bien à la hauteur des attentes placées en nous. »

Pour Mme Younger, la confiance en soi se construit à travers l’apprentissage continu. « Il est essentiel de s’engager dans une démarche d’apprentissage tout au long de sa vie. » Elle cite l’exemple de deux connaissances qui lisent plus de 100 livres par an. « Il existe un dicton qui dit : « “Ce que vous lisez aujourd’hui accompagne et façonne votre avenir” ». C’est une vérité que j’expérimente moi-même : plus j’élargis volontairement ma vision du monde en apprenant constamment, plus je vois d’opportunités de progresser et de m’épanouir. »

Elle souligne également l’attitude de ces grands lecteurs, qui ont développé un état d’esprit tourné vers la curiosité et l’innovation. « Ils sont toujours avides de nouvelles connaissances et d’idées novatrices. Je ne les entends jamais se plaindre, mais je les vois sans cesse trouver des solutions. »

Un autre facteur clé de la confiance en soi, selon elle, est la préparation. « En tant qu’oratrice et formatrice, j’ai constaté que mes performances sont bien meilleures lorsque je me prépare minutieusement. Sans cette préparation, le doute s’installe inévitablement. On n’est jamais trop préparé : plus on est prêt, plus on peut se détendre et laisser son talent s’exprimer pleinement. »

Pour Heather Younger, apprendre à accepter aussi bien les compliments que les retours constructifs est essentiel au développement de la confiance en soi. « Autrefois, lorsqu’on me faisait un compliment, j’avais tendance à le réfuter immédiatement, en expliquant pourquoi je ne méritais pas ces paroles bienveillantes. Aujourd’hui, je me contente de répondre : “Merci, cela me touche.” Puis, intérieurement, je me répète : “Tu as un impact et tu le mérites !” » Elle souligne que la confiance repose en grande partie sur l’état d’esprit, et qu’il est crucial de l’entretenir au quotidien.

Un autre élément fondamental du leadership personnel, selon elle, est la clarté des valeurs personnelles. « Mieux on connaît ce qui compte vraiment pour nous, mieux on comprend nos propres forces et la valeur que l’on apporte aux autres. »

Cette prise de conscience permet non seulement d’avoir un impact plus fort auprès des personnes que l’on cherche à influencer, mais aussi d’aligner ses actions avec ses convictions. « Lorsque nous sommes ancrés dans nos valeurs, nous sommes plus à même de reconnaître nos limites et de prendre des décisions en accord avec qui nous sommes vraiment. »

Elle illustre l’importance de la clarté des valeurs avec un exemple concret : « Supposons qu’on me propose un poste nécessitant 80 % de déplacements. Je saurais immédiatement que je dois refuser cette offre, car ma priorité absolue est de passer du temps avec ma famille. Accepter un tel emploi irait à l’encontre de cette priorité. »

Selon elle, la clarté mène à la confiance. « Plus nous sommes au clair sur ce qui compte vraiment pour nous, plus nous gagnons en assurance dans la façon dont nous accueillons les retours et prenons des décisions pour évoluer. »

Elle donne un autre exemple : « Si quelqu’un me suggère d’adopter une posture plus “intellectuelle” lors de mes présentations pour gagner en popularité, je n’y prêterai pas attention. Pourquoi ? Parce que ma valeur fondamentale est la connexion humaine. Si mon comportement créait de la distance avec mon public, cela irait à l’encontre de ce qui est essentiel pour moi. »

Cependant, de nombreuses personnes voient leurs tentatives de développement personnel entravées par des comportements dictés par la peur. Mme Younger explique comment ces mécanismes influencent nos décisions et notre progression : 

  • La procrastination: par peur de l’échec, certains repoussent sans cesse leurs tâches, évitant ainsi le risque de déception ou de remise en question. Mais ce report constant entrave l’atteinte des objectifs. J’ai moi-même connu ces moments, notamment lors de l’écriture de ce livre. Je me demandais : “Et si mon contenu manquait d’originalité ?” ou “Quelqu’un voudra-t-il vraiment l’acheter ?” Puis, j’ai pris sur moi et décidé d’avancer malgré ces doutes.
  • La surplanification: face à l’incertitude, certaines personnes cherchent à tout anticiper, élaborant des plans détaillés pour contrôler chaque éventualité. Mais cet excès de préparation devient souvent un frein à l’action. Trop planifier peut donner une illusion de contrôle, mais au final, c’est l’inaction qui empêche la progression.
  • L’aversion au risque: la peur de l’inconnu pousse parfois à s’accrocher à une situation confortable, même insatisfaisante. Cela peut se traduire par le refus de changer d’emploi, d’investir ou de tenter une nouvelle aventure. J’ai moi-même prolongé certaines expériences professionnelles bien au-delà du nécessaire, par peur de ce qui m’attendait ensuite. Avant de lancer mon entreprise, j’ai conservé mon dernier poste six mois supplémentaires, tout en gérant une activité parallèle à plein temps. Cette période stressante a révélé ma propre difficulté à prendre des risques.
  • La paralysie décisionnelle: la crainte de faire le mauvais choix peut bloquer complètement une personne, l’empêchant d’avancer. Cette indécision freine toute progression. J’ai déjà vécu cela. Dans ces moments, je sollicite souvent un ami pour m’aider à prendre du recul et identifier la meilleure option. Ce soutien extérieur me permet de dépasser l’impasse et d’agir avec plus de confiance.

Prendre conscience de ces mécanismes est essentiel pour éviter qu’ils ne dictent nos décisions. L’essentiel est d’apprendre à agir malgré la peur, plutôt que d’attendre qu’elle disparaisse.

 

Comment un état d’esprit fixe peut-il freiner l’évolution vers des postes de leadership, et quelle est la clé pour adopter un état d’esprit de croissance ?

Mme Younger souligne que ceux qui adoptent une vision figée de leurs capacités pensent qu’ils doivent être parfaits dès le départ et qu’ils n’ont qu’une seule chance d’être à la hauteur. « Ils ne croient pas en leur capacité à évoluer, à apprendre et à devenir meilleurs. Cet état d’esprit limite leur vision à court terme et les empêche d’imaginer qu’un jour, ils pourraient eux aussi occuper des postes de direction. »

Elle illustre ce point avec l’exemple d’une ancienne collègue qui refusait l’idée même de diriger une équipe. « Elle se sentait intimidée par les personnes occupant des postes à responsabilités et pensait que les hauts dirigeants avaient une prestance qu’elle n’aurait jamais. Résultat : elle ne postulait jamais aux promotions, convaincue qu’elle n’était pas faite pour le leadership. »

Heather Younger s’appuie sur les recherches de Carol Dweck, psychologue à Stanford, qui a introduit le concept d’état d’esprit fixe (Fixed Mindset) et d’état d’esprit de croissance (Growth Mindset). Selon cette approche, ceux qui adoptent un état d’esprit de croissance voient chaque défi comme une opportunité d’apprentissage, ce qui leur permet de progresser et d’accueillir de nouvelles perspectives professionnelles.

Pour Mme Younger, l’état d’esprit de croissance repose sur la conviction que les compétences et l’intelligence ne sont pas figées, mais qu’elles peuvent se développer grâce à l’apprentissage, l’effort et la persévérance. « Ceux qui adoptent cette mentalité voient les défis comme des opportunités d’évolution et considèrent les échecs comme des étapes naturelles du processus d’apprentissage. »

À l’inverse, une personne avec un état d’esprit fixe croit que ses capacités sont innées et immuables. « Elle considère l’échec comme une impasse, incapable d’en tirer des leçons. » Pourtant, cultiver un état d’esprit de croissance demande une démarche intentionnelle, mais permet d’accélérer son développement personnel et professionnel. « Ceux qui l’adoptent transforment les critiques en leviers d’amélioration et progressent en permanence, quels que soient les obstacles rencontrés. »

Selon Mme Younger, il s’agit d’un élément fondamental pour devenir un leader autonome et efficace. « À mon sens, l’autodirection est un cheminement personnel, une progression qui permet de grandir intérieurement afin de rayonner à l’extérieur. C’est une évolution continue, portée par trois piliers essentiels : la conscience de soi, la résilience et l’action ciblée. Adopter un état d’esprit de croissance repose d’abord sur la prise de conscience de ses forces et axes d’amélioration. Il faut ensuite cultiver la résilience, indispensable pour surmonter les obstacles et transformer les échecs en apprentissages. Enfin, cette démarche se concrétise par une action intentionnelle, qui permet d’avancer de manière réfléchie et efficace. Maintenir cet état d’esprit implique de privilégier le progrès à la perfection et de voir chaque défi comme une opportunité d’évolution. Plus nous apprenons à dépasser les difficultés, plus nous nous rapprochons de nos objectifs. »

 

Une contribution de Rodger Dean Duncan pour Forbes US – traduit par Lisa Deleforterie


À lire également : Pourquoi la médiocrité managériale gangrène nos entreprises ?

Vous avez aimé cet article ? Likez Forbes sur Facebook

Newsletter quotidienne Forbes

Recevez chaque matin l’essentiel de l’actualité business et entrepreneuriat.

Abonnez-vous au magazine papier

et découvrez chaque trimestre :

1 an, 4 numéros : 30 € TTC au lieu de 36 € TTC