Le cabinet Asterès réfute, dans une note, les fondements théoriques sur lesquels s’appuie le président américain dans sa décision de droits de douanes. 

Le « Liberation Day » n’est pas du goût de la sphère économique. Alors que le président américain a dévoilé, ce mercredi 2 avril, des droits de douanes individualisés par pays – avec un taux plancher de 10% -, de nombreux économistes sont montés au créneau. Le prix de la Banque de suède Paul Krugman a qualifié cette décision de « folie ». L’analyste de Wedbush, Dan Ives a estimé que c’était « pire que le pire des scénarios ». En France, Le cabinet Asterès détaille, dans une note, en quoi cette décision découle d’une « vision trompeuse de l’économie »

Dans le détail, les produits en provenance de l’Union européenne se verront désormais taxés à hauteur de 20%, ceux importés de Chine 34%. Ces taxes s’ajouteront aux autres mesures douanières déjà annoncées. Ainsi, l’Empire du milieu verra ce taux grimper à 54%, comme l’a confirmé le secrétaire au Trésor, Scott Bessent. Ces mesures entreront en vigueur entre le 5 et le 9 avril. Cela « ramène les États-Unis à un niveau de droits de douane supérieur à celui des années 1930 », signale le cabinet Asterès. 

« L’impact économique serait cependant beaucoup plus violent aujourd’hui qu’à  l’époque, d’une part du fait de la brutalité de la hausse, d’autre part du fait de l’intégration bien supérieure  de l’économie américaine dans l’économie mondiale : le poids des importations américaines dans le PIB  du pays est environ quatre fois supérieur aujourd’hui par rapport au début du XXème siècle », ajoute-t-il. 


Des mesures douanières contre-productives

Dans sa note, le cabinet cible l’économiste Peter Navarro, architecte des droits de douanes mis en place par Donald Trump. Obsédé par la Chine, cet ancien défenseur du libre-échange estime désormais que la réduction du déficit commercial entraînera une hausse mécanique du PIB. Ce que Asterès réfute, prenant l’exemple de l’épisode de la crise des subprimes en 2009. Cette année, le déficit commercial américain s’est fortement réduit. Pour autant, l’Amérique avait connu la récession (-2,8%). Certes, la fin de cette décennie s’était soldée par une crise financière mondiale. Pour autant, cela démontre que la baisse de plusieurs variables économiques, comme la consommation et l’investissement, peuvent entraîner une chute du déficit commercial sans augmenter la croissance. 

D’autant plus que les droits de douanes mis en place par Donald Trump vont mécaniquement renchérir les prix des produits importés. Dans ce contexte, les ménages qui dépendent le plus de produits étrangers – généralement les foyers modestes – vont perdre en pouvoir d’achat. Ainsi, cela risque d’avoir une conséquence sur la consommation et l’investissement. Conduisant, in fine, à une chute du déficit commercial sans pour autant avoir un effet positif sur la croissance. 

Donald Trump défend également la position selon laquelle les droits de douane sont un moyen de « réindustrialiser les États-Unis en les protégeant de la concurrence étrangère ». Alors que l’emploi industriel représentait 25% de l’emploi total en 1970, il ne représente plus que 10% aujourd’hui. « L’outil des droits de douane est certainement contre-productif pour soutenir la réindustrialisation (du fait de l’appréciation du change et des mesures de rétorsion qu’ils impliquent) », réfute le cabinet. Même si l’augmentation de la production industrielle permettait de combler leur déficit commercial, Asterès calcule que la hausse de l’emploi industriel serait de seulement 1,5%. La guerre commerciale mondiale lancée par Trump pourrait bien se retourner contre lui.


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