Certains économistes avertissent que l’administration Trump pourrait précipiter une récession, un scénario que le président et son principal conseiller économique ne rejettent pas. Cette incertitude perturbe Wall Street et inquiète les consommateurs. Les données présentées ci-dessous aideront à évaluer la proximité d’un tournant décisif pour l’économie.
Faits marquants
- Dans une note adressée à leurs clients dimanche, les économistes de Goldman Sachs ont relevé leurs prévisions de récession pour l’année prochaine, passant de 20 % à 35 %, en révisant à la hausse leurs prévisions d’inflation et de chômage tout en abaissant celles de la croissance économique. De leur côté, les économistes de JPMorgan estiment la probabilité de récession encore plus élevée, à 40 %.
- L’Anderson School of Management de l’UCLA a publié pour la première fois en 73 ans de prévisions économiques son « Recession Watch » officiel, tandis que l’économiste Clement Bohr a délivré une critique acerbe des politiques économiques de Trump. Il a averti que ce « Recession Watch » représente un signal pour l’administration actuelle : « Soyez prudents dans vos souhaits, car si tous se réalisent, vous pourriez bien être responsables d’une récession profonde. »
- Selon M. Bohr, une récession est « tout à fait évitable » si les politiques économiques phares de Trump, telles que les droits de douane les plus élevés depuis près d’un siècle et le démantèlement du secteur public par le Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE) dirigé par Elon Musk, sont « réduites ou mises en œuvre plus progressivement ».
- Lors d’une interview le 19 mars dans l’émission Early Start with Rahel Solomon de CNN, l’économiste en chef de Moody’s Analytics, Mark Zandi, a exprimé une inquiétude similaire, affirmant que Trump semblait nous pousser inexorablement vers la récession.
- « Les risques de récession sont trop élevés et continuent d’augmenter », a déclaré M. Zandi, précisant qu’il estimait les chances d’une récession « inférieures à 50-50, mais que cela dépendait vraiment des actions du président et de ce qu’il déciderait de faire ».
L’administration Trump prépare les Américains à l’éventualité d’une récession
Lors d’une interview diffusée sur Fox News le 9 mars, M. Trump a préparé les Américains à la possibilité d’une récession, en ne l’excluant pas et en mettant en garde contre une « période de transition » économique liée à la mise en œuvre de sa politique, tout en minimisant l’impact des pertes boursières. Dans des interventions médiatiques ultérieures, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a également refusé de rejeter l’idée d’une récession, évoquant une « période de désintoxication » pour l’économie. Interrogé dimanche sur NBC dans l’émission Meet the Press, M. Bessent a estimé qu’il aurait été « beaucoup plus sain » qu’un frein soit mis avant la grande récession.
Contra
Mercredi, Jerome Powell, président de la Réserve fédérale et principal responsable de la politique monétaire, a déclaré que la probabilité d’une récession « avait augmenté, mais qu’elle restait faible », apaisant ainsi les inquiétudes au milieu d’un enchaînement de nouvelles économiques décevantes.
Quels sont les facteurs pouvant provoquer une récession ?
La récession est techniquement définie comme deux trimestres consécutifs de croissance négative du produit intérieur brut (PIB), un indicateur global de la production de biens et services dans un pays. Bien que les statistiques officielles du PIB n’aient pas encore montré de baisse, le modèle en temps réel de la Réserve fédérale d’Atlanta a alimenté les inquiétudes à partir du 28 février en prévoyant une contraction annuelle du PIB pour le premier trimestre 2025. La Réserve fédérale d’Atlanta anticipe une croissance négative de -1,4 % pour ce trimestre, ce qui serait la pire performance depuis 2020, même en prenant en compte une hausse des importations d’or. En revanche, une enquête de CNBC menée auprès d’économistes prévoit une légère expansion du PIB de 0,3 %.
Le marché boursier reflète les inquiétudes liées à un ralentissement économique
Les cours des actions ne sont pas totalement corrélés à la croissance économique, mais les investisseurs en actions prennent clairement en compte les risques accrus d’un ralentissement de l’économie américaine. L’indice S&P 500 a subi une correction de 10 % au début du mois, effaçant quelque 5 000 milliards de dollars de valeur de marché en moins d’un mois, avec en tête les actions considérées comme les plus vulnérables à un ralentissement, notamment Nvidia, la coqueluche de l’intelligence artificielle, et Tesla, la société d’Elon Musk.
Les principaux gestionnaires de fonds font part de vives inquiétudes sur la croissance
L’enquête mensuelle de Bank of America sur les gestionnaires de fonds mondiaux, publiée ce mois-ci, a révélé que 63 % de ces investisseurs influents s’attendent à un affaiblissement de l’économie mondiale au cours de l’année à venir. Ce pessimisme marque en mars le deuxième plus grand bond depuis la création de l’enquête en 1994. L’étude a également montré que les gestionnaires de fonds se sont tournés vers les liquidités, à un taux inégalé depuis mars 2020, tout en se désengageant des actions américaines à la vitesse la plus rapide jamais observée, un signe de perte de confiance dans ces titres. Selon l’enquête, la politique de la Maison Blanche est perçue comme le risque majeur, 55 % des répondants citant la guerre commerciale basée sur les droits de douane comme une menace capable de plonger l’économie mondiale dans une récession, tandis que 13 % redoutent que les actions du département de l’efficacité gouvernementale d’Elon Musk ne conduisent les États-Unis dans la même direction. L’enquête, menée du 7 au 13 mars auprès de 205 gestionnaires de fonds internationaux gérant collectivement 477 milliards de dollars d’actifs, met en lumière ces préoccupations croissantes.
Le marché obligataire montre des signes d’instabilité, mais la courbe de rendement reste inchangée
Sur les marchés financiers, la forte demande pour les emprunts d’État reflète la recherche de rendements plus sûrs face à une récession potentielle, avec les rendements des obligations de référence du Trésor à 10 ans ayant chuté de plus de 25 points de base au cours des deux derniers mois (des rendements plus faibles indiquent une hausse de la valeur des obligations). Cependant, le signe le plus couramment observé d’une récession sur le marché obligataire, à savoir l’inversion de la courbe des rendements — lorsque les obligations à long terme offrent des rendements inférieurs à ceux des obligations à court terme — s’est en fait normalisé ces derniers mois. Selon le modèle de récession basé sur les obligations de la Réserve fédérale de New York, la probabilité de récession pour l’année prochaine est désormais estimée à 27 %, contre plus de 70 % à la fin de l’année 2023, une période qui ne s’est finalement pas traduite par une récession réelle.
La confiance des consommateurs suggère que les Américains se préparent à des jours plus difficiles
Le signal le plus préoccupant de ces dernières années pourrait bien être l’effondrement de la confiance des Américains dans l’économie. En effet, l’enquête sur la confiance des consommateurs, suivie de près par le Conference Board, a chuté ce mois-ci à son plus bas niveau depuis 2021. Ce déclin s’accompagne d’une baisse des dépenses, les ventes au détail n’ayant augmenté que de 0,2 % entre janvier et février, selon un rapport publié le 17 mars par le Bureau du recensement des États-Unis, bien en deçà de l’augmentation de 0,6 % attendue par les économistes.
Le taux de chômage demeure à un niveau satisfaisant
Le marché du travail, l’un des piliers de l’économie américaine, a montré quelques signes de fragilité au début de l’année 2025, avec un ralentissement de la création d’emplois et une augmentation des licenciements. Cependant, il demeure extrêmement solide, le taux de chômage de 4,1 % en février restant bien dans la fourchette historique considérée comme saine. Un indicateur clé de la récession sur le marché du travail, la règle de Sahm, montre une probabilité de récession bien plus faible qu’au moment où elle avait atteint son pic l’été dernier, entraînant une chute temporaire du marché en août.
Les cours de l’or et du pétrole suggèrent un possible ralentissement économique mondial
Les prix de deux des matières premières les plus précieuses au monde semblent indiquer la perspective d’une récession mondiale. Le prix de l’or a grimpé de plus de 10 % cette année pour atteindre un niveau record de 3 100 dollars l’once troy, les investisseurs cherchant à se protéger en se tournant vers cette valeur refuge historique. Parallèlement, le prix du brut Brent, référence internationale, a chuté ce mois-ci à son plus bas niveau depuis 2021, les opérateurs anticipant un affaiblissement de la demande mondiale de pétrole en raison du ralentissement économique.
À surveiller
Bessent et Trump ont clairement exprimé leur soutien à une réduction des taux d’intérêt, qui sont déterminés par la Fed, politiquement indépendante. En général, les taux ne sont considérablement abaissés qu’en période de crise économique, car des taux plus bas stimulent la croissance économique, les ménages et les entreprises étant plus enclins à emprunter lorsque les coûts d’intérêt sont réduits. Cependant, cette augmentation de l’activité de prêt peut aussi entraîner une hausse de l’inflation, en raison de la demande accrue. Selon David Mericle, économiste en chef de Goldman Sachs pour les États-Unis, la Fed devrait éviter toute nouvelle réduction des taux « jusqu’à ce que la politique tarifaire soit plus claire ».
Citation clé
« Des fissures se forment dans les fondations de l’économie », a écrit Lydia Boussour, économiste senior chez EY-Parthenon, dans des commentaires envoyés par courriel lundi. « Bien que nous n’anticipions pas un recul des dépenses de consommation, les risques de récession augmentent », a-t-elle poursuivi.
Un article de Derek Saul pour Forbes US – traduit par Lisa Deleforterie
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