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Les tarifs de Trump entraîneront une hausse des prix des voitures et des marges des concessionnaires

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Les tarifs de Trump entraîneront une hausse des prix des voitures et des marges des concessionnaires. Getty Images

Les nouveaux droits de douane imposés par Donald Trump sur les voitures entraîneront une hausse des prix et rendront plus opaques les informations disponibles sur les offres. Même les concessionnaires les plus expérimentés pourraient se retrouver déstabilisés, tandis que les consommateurs peineront à comprendre les enjeux, se contentant de constater l’augmentation des prix. Cependant, dans de nombreux cas, les marges bénéficiaires des concessionnaires devraient connaître une nette augmentation.

 

L’impact des tarifs est bien compris par les économistes, mais dès que l’on plonge dans les détails des transactions, la situation se complique. Plus on s’attarde sur les conditions de vente des constructeurs automobiles, plus la tarification devient complexe. Néanmoins, deux conclusions claires émergent : les acheteurs de voitures devront débourser davantage, tandis que les marges bénéficiaires des concessionnaires pour les véhicules fabriqués aux États-Unis devraient augmenter.

 


Les principes économiques des droits de douane

Prenons un exemple simple où les produits fabriqués aux États-Unis se retrouvent en concurrence avec des produits importés similaires. Aux États-Unis, environ 60 % des voitures neuves sont assemblées localement, le reste étant importé. L’imposition d’un droit de douane sur les importations entraîne plusieurs effets. D’abord, certains fabricants étrangers pourraient accepter de réduire leurs prix avant l’application du tarif, afin de limiter la baisse de leurs ventes. Ils continueront probablement à couvrir leurs coûts variables, comme ceux des matériaux et de la main-d’œuvre, mais leurs marges bénéficiaires antérieures risquent d’être réduites, voire inexistantes, si leurs coûts fixes ne sont pas couverts. En général, la majeure partie, bien que pas l’intégralité, du tarif sera répercutée sur les consommateurs. La part exacte répercutée dépendra de la sensibilité de la demande des consommateurs et de la structure des coûts des fabricants.

Le deuxième effet sera l’augmentation des prix pour les acheteurs américains de voitures importées. Cette hausse correspondra à la portion du tarif que les fabricants étrangers ne parviennent pas à absorber, ce qui représente probablement plus de la moitié du tarif.

Le troisième impact concernera l’augmentation des prix des voitures fabriquées aux États-Unis. (Il est important de noter que la marque – Ford ou Fiat – ne révèle pas nécessairement le lieu d’assemblage de la voiture). Cette hausse résulte de ce que les économistes appellent « la loi du prix unique », qui stipule que deux produits similaires vendus sur le même marché doivent se négocier au même prix. En d’autres termes, les fabricants de voitures nationales augmenteront leurs prix parce qu’ils en ont la possibilité. Si ce n’était pas le cas, personne ne choisirait les voitures importées, et tout le monde se tournerait vers les modèles nationaux. C’est aussi pour cette raison que les fabricants étrangers baisseront légèrement leurs prix. Les prix des véhicules nationaux augmenteront car les producteurs ne pourront pas répondre à toute la demande aux tarifs qu’ils pratiquaient avant l’application des droits de douane. Le principal moyen de gérer cette demande excédentaire sera de faire monter les prix. (Nous aborderons plus bas l’avertissement du président Trump aux constructeurs automobiles de ne pas augmenter leurs prix).

Avec la hausse des prix des voitures neuves, tant nationales qu’importées, les prix des voitures d’occasion suivront cette tendance. Certains acheteurs, qui hésitent entre une voiture neuve et un modèle récent d’occasion, seront incités par l’augmentation des prix des véhicules neufs à se tourner vers l’occasion. Les hausses de prix seront les plus marquées pour les modèles d’occasion récents, tandis que les voitures d’occasion plus anciennes verront une augmentation plus modeste.

Les économistes étudient les effets des tarifs depuis plus de 200 ans, et cette analyse reflète un consensus bien établi. Toutefois, en ajoutant d’autres éléments à l’analyse, nous pouvons parvenir à une conclusion plus précise et nuancée.

 

Droits de douane sur les matériaux utilisés dans la production locale

La politique tarifaire de l’administration Trump pourrait évoluer après la rédaction de cet article, mais nous nous concentrons ici sur les droits de douane imposés aux matériaux importés utilisés par les fabricants nationaux. Dans certains cas, les constructeurs automobiles se fournissent en acier et en aluminium importés, et peuvent aussi importer des moteurs complets, des transmissions et d’autres composants.

Les entreprises étrangères fournissant ces matériaux peuvent choisir d’absorber une partie des droits de douane. Ce phénomène est plus courant pour des produits manufacturés complexes, comme les moteurs, et moins fréquent pour des matières premières de base, telles que l’acier. Les producteurs de matières premières peuvent également acheminer leurs matériaux vers des pays avec des droits de douane moins élevés ou sans droits de douane. Par exemple, une entreprise fabriquant un type particulier de moteur pourrait avoir peu d’options à court terme pour vendre ailleurs, ce qui la pousserait à absorber une partie des droits de douane, du moins temporairement.

Avec des coûts de production accrus, les fabricants locaux répercuteront une partie ou la totalité des tarifs sur les consommateurs. Lorsqu’un droit de douane est également appliqué aux voitures importées, une plus grande part des frais supplémentaires liés aux matériaux sera transmise aux acheteurs.

Ainsi, les droits de douane sur les matériaux contribuent à augmenter le prix des voitures fabriquées localement, un phénomène qui serait renforcé par l’application de tarifs spécifiques aux véhicules importés. Cette hausse du prix des voitures nationales permettrait aussi aux producteurs étrangers de transférer davantage de leurs propres coûts supplémentaires aux consommateurs.

 

L’augmentation des prix des voitures nationales semble inévitable

Le président Trump a demandé aux constructeurs automobiles de ne pas augmenter leurs prix suite à l’imposition des droits de douane. Bien qu’il ne semble pas avoir le pouvoir légal d’imposer cette demande, il peut certainement rendre la situation difficile pour les entreprises qui choisissent de l’ignorer. Cependant, c’est là que les complications commencent.

Lorsqu’un concessionnaire automobile achète un véhicule auprès d’un fabricant, la transaction devient assez complexe. Le prix facturé, qui semble simple au premier abord, est souvent celui que les concessionnaires utilisent pour mettre en avant les marges bénéficiaires relativement faibles.

Cependant, il existe une pratique courante appelée « retenue du concessionnaire », qui consiste à accorder au concessionnaire une remise de deux à trois pour cent quelques mois après la transaction. Bien que le prix facturé soit visible pour les clients, cette remise reste cachée. Le pourcentage de cette retenue varie selon la marque et le modèle du véhicule, et tous les fabricants ne la proposent pas.

Certains constructeurs proposent un soutien pour l’aménagement des infrastructures, sous forme de prêts à court terme. Ces prêts permettent aux concessionnaires d’acquérir des véhicules destinés à être vendus immédiatement aux consommateurs. En outre, le constructeur peut offrir au concessionnaire un taux d’intérêt inférieur à celui du marché. Les « incitations de l’usine au concessionnaire » offrent des remises supplémentaires sur des marques et modèles spécifiques, adaptées aux besoins du constructeur pour écouler certains produits.

La plupart des fabricants mettent en place des programmes de publicité coopérative, incitant les concessionnaires à promouvoir la marque, tout en cherchant parfois leur soutien pour des campagnes publicitaires régionales ou nationales. Cela représente une autre forme de flux financier entre les fabricants et les distributeurs. Les primes de volume sont versées aux concessionnaires par les fabricants lorsqu’ils souhaitent stimuler la vente d’une marque ou d’un modèle particulier. Le « Dealer cash » est également un programme couramment utilisé pour encourager les concessionnaires à vendre certains modèles.

Enfin, les frais de destination, souvent perçus par les consommateurs comme une dépense nécessaire pour couvrir le transport des véhicules de l’usine au concessionnaire, peuvent parfois dépasser les coûts réels, offrant ainsi une manière supplémentaire pour le fabricant d’augmenter ses revenus sans avoir à augmenter les prix de vente.

En fin de compte, les concessionnaires peuvent très bien respecter la demande du président de ne pas augmenter les prix, tout en faisant grimper les tarifs par une multitude de moyens subtils et peu transparents.

 

Les marges bénéficiaires des concessionnaires augmenteront sur les voitures nationales

Les marges bénéficiaires des concessionnaires sur les voitures nationales devraient augmenter. Face à des changements significatifs, certains avantageux et d’autres moins, les concessionnaires verront leurs marges sur les modèles fabriqués aux États-Unis se gonfler. Les prix augmenteront pour ajuster la demande à l’offre, et bien que les constructeurs absorbent une partie de cette hausse, la pression de la Maison Blanche les empêchera probablement de laisser les prix atteindre leur niveau d’équilibre du marché. Ainsi, les concessionnaires devront gérer une offre plus limitée. Les remises accordées par le passé disparaîtront, et ils ne proposeront plus de réductions par rapport au prix de détail suggéré par le fabricant, ajoutant même parfois une marge supplémentaire. Certains pourront également proposer des véhicules de base accompagnés d’accessoires, sans possibilité de choix alternatif.

Les voitures fabriquées à l’étranger et importées avant l’entrée en vigueur des droits de douane seront vendues à des prix élevés, ce qui permettra aux concessionnaires de réaliser des bénéfices importants. Cependant, certains concessionnaires se sont engagés à acheter des voitures avant de découvrir qu’elles sont soumises à des droits de douane, parfois même lorsque le navire est déjà à quai, prêt à être déchargé. Ces concessionnaires risquent de subir des pertes sur ces véhicules. De plus, s’ils doivent conserver en stock des voitures assujetties à des droits de douane en raison de leur marque, ils devront se contenter de marges bénéficiaires réduites.

Les concessionnaires disposant d’un large stock de modèles récents de voitures d’occasion profiteront des tarifs en vigueur, ce qui leur permettra d’augmenter leurs prix. Il est crucial pour eux de maintenir une offre diversifiée de véhicules afin de répondre à la demande.

 

Bilan sur les droits de douane sur les voitures

Les droits de douane imposés par le président américain Donald Trump sur les voitures et camionnettes importées, ainsi que sur les matériaux nécessaires à leur fabrication, entraîneront une hausse des prix pour les acheteurs, qu’ils optent pour des véhicules étrangers, nationaux ou même d’occasion.

Les marges bénéficiaires des concessionnaires augmenteront pour les voitures produites localement, mais diminueront pour celles importées. En revanche, ceux qui disposent de voitures d’occasion récentes réaliseront des bénéfices supplémentaires.

 

Une contribution de Bill Conerly pour Forbes US – traduit par Lisa Deleforterie


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