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Apple préserve ses engagements en matière de diversité, tandis que de nombreuses entreprises font machine arrière

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Diversité, équité et inclusion (DEI). Getty Images

Les actionnaires d’Apple ont voté mardi contre une proposition visant à supprimer les initiatives de l’entreprise en matière de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI). Cette décision contraste avec la tendance de nombreuses entreprises à réduire ces programmes sous la pression d’un mouvement de contestation, qui s’est imposé comme un enjeu majeur du second mandat de Donald Trump.

 

Chronologie

  • Le 25 février, les actionnaires d’Apple ont rejeté une proposition visant à interdire les initiatives de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) de l’entreprise, selon plusieurs rapports. Cette proposition émanait du National Center for Public Policy Research, un groupe de réflexion conservateur, qui avait averti les actionnaires que les initiatives DEI représentaient un risque juridique, réputationnel et financier pour les entreprises, et donc pour leurs investisseurs.
  • Le 20 février, Citigroup a annoncé qu’il rebaptisait son équipe « Diversité, équité, inclusion et gestion des talents » en « Gestion des talents et engagement » et abandonnait ses objectifs d’embauche liés à la diversité, selon Bloomberg.
  • Le 20 février, Pepsi a annoncé la suppression des objectifs de représentation dans ses recrutements, le repositionnement du poste de Chief DEI Officer (directeur DEI) vers un rôle axé sur le développement des employés, ainsi qu’une refonte de son programme de diversité des fournisseurs pour inclure toutes les petites entreprises. Ces changements ont été révélés dans un mémo interne diffusé sur X par l’activiste anti-DEI Robby Starbuck, qui affirme avoir contacté l’entreprise pour enquêter sur ses politiques jugées trop progressistes.
  • Le 17 février, JPMorgan Chase, Morgan Stanley et Citigroup ont atténué ou supprimé les références à leurs engagements en matière de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), selon des sources anonymes citées par leWall Street Journal. D’autres banques, comme Wells Fargo et Bank of America, ont également entamé une révision de leur communication sur le sujet.
  • Le 13 février, Coca-Cola et PepsiCo ont commencé à ajuster leurs politiques pour se conformer au décret de Donald Trump interdisant les programmes DEI, rapporteBloomberg. Ces changements sont liés aux contrats gouvernementaux détenus par les deux entreprises. Selon le rapport, Coca-Cola devrait détailler ces modifications dans ses prochains dépôts auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), tandis que PepsiCo a déjà supprimé les mentions de sa « main-d’œuvre diversifiée » et de la DEI dans son dernier dépôt.
  • Le 12 février, Jamie Dimon a critiqué certaines dépenses liées à la DEI, affirmant qu’il avait constaté des dépenses inutiles qui l’avaient « profondément agacé », selonBloomberg. En réponse à une question sur la DEI, le PDG de JPMorgan Chase a déclaré qu’il comptait « annuler » certaines de ces dépenses qu’il jugeait superflues. Toutefois, il a également réaffirmé son engagement en faveur des communautés noire, hispanique et LGBTQ, une position qu’il a réitérée ces dernières semaines, alors que plusieurs entreprises reviennent sur leurs engagements en matière de DEI. Il avait également dénoncé les opposants à la DEI, qualifiant d’« absurdes » leurs attaques contre sa banque. (Forbes a contacté JPMorgan Chase pour une demande de commentaire).
  • Le 11 février, Goldman Sachs a annoncé qu’elle renoncerait à l’exigence imposant aux entreprises qu’elle introduit en bourse d’avoir au moins deux membres issus de la diversité au sein de leur conseil d’administration, dont une femme. Un porte-parole de la banque a justifié cette décision auprès d’Axiosen évoquant des « développements juridiques liés aux exigences de diversité des conseils d’administration », faisant référence à une décision d’une cour d’appel fédérale en décembre, qui a statué que le Nasdaq ne pouvait pas imposer de quotas de diversité aux entreprises cotées.
  • Le 11 février, Disney a revu son approche en matière de diversité, d’équité et d’inclusion, en intégrant son indicateur de performance « Diversité et inclusion » à la « Stratégie des talents », davantage axée sur les résultats commerciaux. L’entreprise a également supprimé son site web « Reimagine Tomorrow », qui valorisait la diversité des profils au sein de ses équipes, et modifié les avertissements de contenu attachés à certains de ses anciens films sur Disney+ pour éliminer les références à la diversité et à la culture.
  • Le 11 février, Deloitte a demandé à ses employés américains travaillant avec des clients gouvernementaux de retirer les pronoms de leur signature d’e-mail. La société a également annoncé qu’elle réévaluerait ses objectifs en matière de DEI et cesserait de publier des rapports sur la diversité. En revanche, sa branche britannique a assuré à son personnel que la diversité « restait une priorité » et qu’elle maintiendrait ses engagements en la matière.
  • Le 10 février, PBS – que Trump a plusieurs fois appelé à financer – a fermé son bureau dédié à la diversité, à l’équité et à l’inclusion. Les employés occupant des fonctions liées à la DEI ont quitté l’entreprise, selon un mémo interne dans lequel PBS affirme vouloir se conformer aux décrets anti-DEI de Trump.
  • Le 10 février, quelques jours après avoir revu à la baisse ses objectifs de recrutement en matière de diversité, un porte-parole de Google a déclaré à CNBC que l’entreprise ne marquait plus le début des célébrations culturelles comme le mois des fiertés ou le mois de l’histoire des Noirs. Il a justifié cette décision par la difficulté de gérer « de manière cohérente » ces centaines d’événements à l’échelle mondiale, ajoutant que ces ajustements avaient commencé mi-2024.
  • Le 7 février, NPR a révélé que plus d’une douzaine d’entreprises avaient réduit ou supprimé toute mention de la diversité, de l’équité et de l’inclusion dans leurs rapports annuels 2024 destinés aux investisseurs. Parmi elles figurent Pepsi, GM, Google, Disney, GE, Intel, PayPal, Chipotle et Comcast. NPR rapporte que GM a entièrement supprimé les références à la diversité, tandis que Pepsi a effacé presque toutes les mentions après avoir affirmé, dans son rapport précédent, que l’équité et l’inclusion constituaient un « avantage concurrentiel ».
  • Le 7 février, Accenture a annoncé qu’elle ne fixerait plus d’objectifs de diversité pour l’embauche et la promotion, évoquant les pressions exercées par l’administration Trump sur les entreprises privées pour qu’elles réduisent ces engagements. Cette décision a été communiquée par la directrice générale, Julie Sweet, dans un mémo interne, selon Bloomberg.
  • Le 7 février, le rapport annuel 2024 d’Amazon, déposé auprès de la SEC, a supprimé une section qui figurait dans le rapport précédent et qui mettait en avant l’importance de « l’inclusion et la diversité » dans les recrutements. CNBC a été le premier à rapporter cette information.
  • Le 6 février, Amtrak, le service ferroviaire financé par le gouvernement, a confirmé à Bloomberg qu’il allait supprimer ses programmes et politiques liés à la diversité, à l’équité et à l’inclusion. Selon le rapport de diversité 2023 de l’entreprise, ces mesures comprenaient notamment des initiatives pour recruter et promouvoir des employés issus de divers horizons ainsi que des groupes de ressources pour le personnel.
  • Le 5 février, Google a annoncé par courriel à ses employés qu’il ne fixerait plus d’objectifs d’embauche visant à renforcer la diversité au sein de son personnel, selon le Wall Street Journal. L’entreprise évalue également la poursuite de certains programmes et la publication de rapports sur la diversité, tout en maintenant des groupes de ressources destinés aux collaborateurs issus de minorités sous-représentées.
  • Le 28 janvier, la Smithsonian Institution a informé ses employés de la fermeture de son bureau dédié à la diversité, une « première étape » pour se conformer à la nouvelle politique fédérale de Donald Trump, qui qualifie les programmes DEI de « dangereux » et « dégradants », rapporte leWashington Post. Par ailleurs, les liens vers le rapport 2022 sur ses initiatives en matière de diversité et vers sa politique d’égalité des chances en matière d’emploi sont désormais inaccessibles.
  • Le 24 janvier, Target, qui avait déjà réduit sa gamme de produits LGBTQ Pride en réponse aux critiques des conservateurs, a annoncé qu’elle allait revoir ses objectifs en matière de diversité. L’entreprise prévoit notamment de limiter ses objectifs d’embauche basés sur des critères raciaux, de mettre fin à son programmeRacial Equity Action and Change et de ne plus participer aux enquêtes externes sur la diversité. Kiera Fernandez, responsable de l’impact communautaire et de l’équité, a expliqué dans un mémo interne que ces décisions s’appuyaient sur « de nombreuses années de données » et visaient à rester « en phase avec l’évolution du contexte extérieur ».
  • Le 17 janvier, Le FBI a confirmé àForbes qu’il avait fermé son bureau dédié à la diversité, à l’équité et à l’inclusion en décembre. Cette fermeture, souvent réclamée par les républicains, a conduit Donald Trump, alors président élu, à exiger que l’agence « préserve et conserve tous les dossiers » liés à cette entité, l’accusant de « corruption » dans un message publié sur Truth Social.
  • Le 10 janvier, Amazon a annoncé dans un mémo interne qu’il comptait supprimer certains de ses « programmes et documents obsolètes », sans préciser lesquels. L’entreprise a toutefois indiqué que certaines initiatives visant à réduire les disparités seraient maintenues jusqu’à ce que ces écarts soient complètement résorbés.
  • Le 10 janvier, Meta a annoncé dans un mémo interne avoir mis fin à plusieurs initiatives visant à favoriser l’embauche de profils issus de divers horizons, notamment ses programmes de formation à l’équité et à l’inclusion. Janelle Gale, vice-présidente des ressources humaines, a justifié cette décision en évoquant l’évolution du « paysage juridique et politique » autour des initiatives de diversité aux États-Unis.
  • Le 6 janvier, McDonald’s a déclaré qu’il renonçait à ses objectifs chiffrés en matière de diversité, qu’il ne participerait plus aux enquêtes externes sur la composition démographique de son personnel et qu’il rebaptisait son équipe dédiée à ces questions enGlobal Inclusion Team. L’entreprise a justifié cette décision en s’appuyant sur l’arrêt de la Cour suprême qui a mis fin aux politiques de discrimination positive dans les universités, ainsi que sur le fait que d’autres entreprises ont également revu leurs engagements en matière de diversité. Toutefois, elle a précisé qu’elle continuerait à publier des données démographiques dans son propre rapport annuel.
  • Le 25 novembre 2024, Walmart a annoncé l’abandon de plusieurs initiatives en matière d’inclusion, notamment la fermeture d’un centre pour l’équité raciale à but non lucratif qu’elle avait créé en 2020 avec un engagement de 100 millions de dollars sur cinq ans. L’entreprise a également mis fin à la commercialisation par des vendeurs tiers de certains produits à thème LGBTQ sur son site web, cessé de participer aux enquêtes externes de laHuman Rights Campaign et progressivement retiré l’expression « diversité, équité et inclusion » de ses documents internes.
  • Le 1er novembre 2024, Boeing a dissous son département dédié à la diversité, l’équité et l’inclusion, redéployant son personnel au sein des ressources humaines pour mettre l’accent sur le recrutement et l’expérience des employés, selon Bloomberg.
  • Le 4 septembre 2024, Molson Coors, qui avait défendu en 2023 une publicité féministe controversée, annonce la suppression des quotas de diversité pour ses fournisseurs, l’ajustement de ses formations en matière de DEI pour les aligner sur ses objectifs commerciaux et l’arrêt de sa participation aux enquêtes externes sur la diversité, malgré une note parfaite de 100 accordée précédemment par la Human Rights Campaign (HRC) pour ses politiques LGBTQ.
  • Le 28 août 2024, Lowe’s informe ses employés qu’elle va fusionner ses groupes de ressources en une seule entité, se retirer des enquêtes du HRC et cesser de prendre part à des événements externes tels que les marches des fiertés.
  • Le 28 août 2024, Ford Motor Co. a annoncé à ses employés qu’elle ne participerait plus aux enquêtes externes sur la diversité et qu’elle réorganiserait ses groupes de ressources pour les recentrer sur le réseautage et le mentorat pour l’ensemble du personnel, invoquant l’évolution du cadre juridique et politique sur ces questions.
  • Le 22 août 2024, le fabricant de Jack Daniel’s, Brown-Forman, a annoncé à ses employés qu’il ne lierait plus la rémunération des cadres aux objectifs de diversité, qu’il supprimerait les quotas liés à la diversité au sein de sa main-d’œuvre et de ses fournisseurs, et qu’il cesserait de participer à l’indice HRC, invoquant l’évolution du « paysage juridique et externe ».
  • Le 19 août 2024, Harley-Davidson a déclaré avoir supprimé sa « fonction DEI » en avril, précisant qu’elle n’avait jamais utilisé de quotas de diversité pour l’embauche ou les fournisseurs. L’entreprise a également annoncé qu’elle ne répondrait plus aux enquêtes de la HRC et qu’elle ne collaborerait plus avec des sponsors qui ne s’adressent pas en priorité à sa « communauté de conducteurs loyaux ».
  • Le 16 juillet 2024, le fabricant d’équipements agricoles John Deere a indiqué qu’il ne soutiendrait plus les événements de « sensibilisation culturelle » comme les marches des fiertés et qu’il passerait en revue ses documents internes pour supprimer les « messages à caractère social ». L’entreprise a ajouté que les quotas de diversité n’avaient jamais fait partie de sa politique, tout en précisant qu’elle continuerait à suivre en interne la diversité de ses employés.

 

Entreprises engagées

Costco a maintenu sa politique en matière de diversité, équité et inclusion (DEI), après que ses actionnaires ont massivement rejeté une proposition visant à évaluer les risques liés à ces initiatives, avec plus de 98 % des votes contre. Le conseil d’administration a affirmé que son engagement en faveur du respect et de l’inclusion était « approprié et nécessaire ».


Dans la même lignée, Apple a exhorté ses actionnaires à rejeter une proposition similaire, accusant le groupe à l’origine de cette initiative de chercher « de manière inappropriée » à limiter sa capacité à gérer ses opérations.

Delta Airlines a réaffirmé son engagement en matière de DEI lors d’une conférence téléphonique sur ses résultats le 10 janvier. Peter Carter, vice-président exécutif chargé des affaires extérieures, a indiqué que l’entreprise ne comptait pas revoir ses politiques de diversité et de développement durable, qu’il considère comme « essentielles » à son activité, soulignant que la diversité est avant tout une question de talents.

D’autres grandes entreprises ont également défendu leurs engagements en matière de diversité. Le PDG de Cisco, Chuck Robbins, a déclaré à Axios qu’« une main-d’œuvre diversifiée est préférable » en raison de sa forte valeur ajoutée pour l’entreprise. Christian Sewing, PDG de la Deutsche Bank, a affirmé que les programmes de DEI étaient « intégrés » à la stratégie de l’entreprise et qu’ils avaient déjà démontré leurs bénéfices.

Roger Goodell, commissaire de la NFL, a réitéré l’engagement de la ligue en faveur de la diversité lors d’une conférence de presse avant le Super Bowl LIX. Il a souligné que les initiatives, telles que l’obligation d’interroger au moins deux candidats issus de minorités pour les postes de haut niveau, avaient prouvé leur efficacité et contribuaient à améliorer la NFL.

Enfin, Coca-Cola a mis en garde dans un rapport annuel contre les risques d’un recul en matière de diversité. L’entreprise a insisté sur le fait qu’une main-d’œuvre inclusive favorisait l’innovation et la croissance, et qu’un manque de diversité pourrait nuire à son activité en limitant sa capacité à refléter ses consommateurs et marchés à travers le monde.

 

Comment le département de la Justice des États-Unis s’attaque-t-il aux politiques DEI ?

Peu après son entrée en fonction, la procureure générale des États-Unis, Pam Bondi, a adressé une note au personnel du département de la Justice, affirmant que celui-ci « enquêtera, éliminera et sanctionnera les préférences illégales en matière de DEI et DEIA » au sein des entreprises privées et des universités bénéficiant de financements fédéraux. Elle a appelé à une application stricte des lois fédérales sur les droits civils pour pousser les entreprises à abandonner les initiatives en matière de DEI et a invoqué la décision de la Cour suprême dans l’affaire Students for Fair Admissions v. Harvard, qui a mis fin à la discrimination positive, comme justification de la suppression des programmes DEI dans les universités.

 

Quelles sont les déclarations de Trump concernant les programmes DEI ?

Dès le premier jour de son second mandat, Donald Trump a signé un décret ordonnant la suppression des programmes de diversité, d’équité et d’inclusion au sein du gouvernement fédéral. Il a également menacé de prendre des sanctions contre certaines entreprises publiques et entités privées, telles que les organisations à but non lucratif et les universités, qui continueraient à les appliquer.

Dans ce décret, Trump dénonce l’« infiltration » du gouvernement fédéral par les programmes DEI et critique un décret signé par Joe Biden au début de son mandat, qui demandait aux agences fédérales de lutter contre les inégalités raciales. Il ordonne aux agences fédérales de ne plus tenir compte de la diversité dans leurs recrutements et d’éliminer les formations DEI pour leurs employés. Le texte prévoit également la suppression des bureaux et des postes dédiés à la « justice environnementale » au sein des administrations fédérales.

Lors de son discours d’investiture, Trump a affirmé vouloir « mettre fin à la volonté du gouvernement d’intégrer la race et le genre dans tous les aspects de la vie publique et privée », promettant d’instaurer une société « fondée sur le mérite, sans distinction de couleur ».

Il a également signé un décret supprimant les bureaux et politiques DEI dans l’armée, au département de la Défense et au département de la Sécurité intérieure des États-Unis, qualifiant ces initiatives de « discrimination fondée sur la race et le genre ». Un autre décret a rétabli l’interdiction des personnes transgenres dans l’armée, mesure qu’il avait déjà mise en place en 2017. Ce texte interdit également « l’usage de pronoms basés sur l’identité de genre » et empêche les soldats assignés homme à la naissance d’accéder aux dortoirs et installations réservés aux femmes.

 

Comment les chefs d’entreprise et Trump ont-ils abordé la question de la diversité à Davos ?

Lors du Forum économique mondial de Davos, plusieurs chefs d’entreprise ont défendu les initiatives en matière de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), tandis que Donald Trump les a vivement critiquées dans son discours. Il a affirmé que son administration allait « abolir toutes les mesures discriminatoires liées à la diversité, l’équité et l’inclusion », aussi bien dans le gouvernement que dans le secteur privé, et que les États-Unis deviendraient un pays « fondé sur le mérite ».

En revanche, plusieurs PDG présents au forum ont réaffirmé leur engagement en faveur de la diversité. Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, a déclaré que son entreprise continuerait à soutenir les communautés noire, hispanique, LGBT et des anciens combattants. Adena Friedman, PDG du Nasdaq, a estimé que l’approche envers la diversité fluctue en fonction des cycles politiques, mais que son entreprise continuerait à valoriser « la diversité des points de vue et des origines ». De son côté, Robert Smith, PDG de Vista Equity Partners, a souligné que la diversité était un atout pour le monde des affaires et contribuait à accroître la productivité des équipes.

Selon Reuters, trois cadres du secteur technologique – tous à la tête d’entreprises travaillant avec le gouvernement américain – ont affirmé que leur engagement envers la DEI restait intact, même s’ils pourraient être amenés à utiliser d’autres termes pour désigner leurs efforts, le sigle « DEI » étant de plus en plus politisé.

D’autres dirigeants ont mis en avant les bénéfices économiques de ces initiatives. Brian Moynihan, PDG de Bank of America, a déclaré à Reuters que la diversité reposait sur une « logique commerciale », tandis qu’Alexander Schmitz, dirigeant de Bain & Company, a averti que les fonds d’investissement risquaient d’avoir des difficultés à lever des capitaux s’ils abandonnaient ces engagements.

En revanche, Nikki Haley, ancienne ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, a critiqué ces politiques à Davos, affirmant que les entreprises s’en détournaient et que cela était une bonne chose, car, selon elle, les Américains « ne veulent pas être réduits à une étiquette ».

 

Qu’est-ce que le National Center for Public Policy Research ?

Le National Center for Public Policy Research est un groupe de réflexion conservateur qui soumet régulièrement des résolutions d’actionnaires à de nombreuses entreprises, visant notamment à réduire l’impôt sur les sociétés et à assouplir les réglementations environnementales. En 2007, il a lancé le Free Enterprise Project, un programme destiné à contrer ce qu’il considère comme une « prise de contrôle des entreprises américaines » par des politiques progressistes.

Apple a déjà été confronté au NCPPR en 2014, lorsque les actionnaires ont rejeté une résolution exigeant davantage de transparence sur la rentabilité des investissements de l’entreprise dans la lutte contre le changement climatique. Lors de l’assemblée annuelle, le PDG Tim Cook aurait réagi avec irritation à une question posée par un représentant du groupe, affirmant qu’Apple ne basait pas uniquement ses décisions sur la rentabilité. « Si vous attendez de moi que je prenne des décisions uniquement en fonction du retour sur investissement, alors vous n’avez rien à faire parmi nos actionnaires », a-t-il déclaré.

 

Pourquoi les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion sont-elles remises en cause ?

Les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), qui englobent des formations obligatoires sur la diversité, des groupes de soutien pour les minorités sous-représentées et des engagements en faveur d’une embauche plus équitable, se sont généralisées au sein des entreprises américaines après le meurtre de George Floyd en 2020. Cependant, ces initiatives font aujourd’hui face à des contestations juridiques et politiques, ainsi qu’à une opposition croissante de la part de critiques conservateurs et de défenseurs de la liberté d’expression, qui les jugent discriminatoires et excessivement « progressistes ».

Parmi les figures de proue de cette croisade anti-DEI figurent les milliardaires Bill Ackman et Elon Musk. Bill Ackman s’est imposé comme l’un des principaux détracteurs de ces politiques l’an dernier, lorsqu’il a activement contribué à la démission de Claudine Gay, ancienne présidente de l’université de Harvard, après que ses déclarations devant le Congrès sur l’antisémitisme sur les campus, dans le sillage des attaques du 7 octobre en Israël, ont suscité de vives critiques. Dans un essai dénonçant la DEI, il a affirmé que Mme Gay avait été recrutée dans le cadre d’un processus mettant l’accent sur des critères de diversité, bien que Harvard ait précisé que les responsables DEI n’avaient aucun pouvoir décisionnel en matière de recrutement.

En 2024, plusieurs États dirigés par les républicains, dont l’Alabama, l’Iowa et l’Utah, ont pris des mesures pour interdire les programmes DEI dans les établissements publics d’enseignement supérieur. La réaction conservatrice contre les entreprises jugées trop « progressistes » a pris de l’ampleur en 2023, notamment avec le boycott de Bud Light, déclenché après une collaboration marketing avec l’influenceuse transgenre Dylan Mulvaney. Ce boycott a entraîné une baisse des ventes de la marque et a encouragé d’autres campagnes similaires contre des entreprises soutenant la communauté LGBTQ ou investies dans des initiatives DEI.

 

Qui est Robby Starbuck ?

Robby Starbuck, ancien réalisateur de clips musicaux, s’est imposé comme l’un des principaux instigateurs des campagnes contre les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) au sein des entreprises. Très actif sur les réseaux sociaux, il a mené des actions de pression publique pour inciter les entreprises à renoncer à ces engagements.

Ces derniers mois, plusieurs entreprises ayant abandonné leurs politiques de DEI avaient été ciblées par M. Starbuck, qui appelait ses partisans à boycotter des marques comme John Deere, Harley-Davidson et Lowe’s. Il s’est attribué le mérite de ces revirements, affirmant dans un post sur X en novembre avoir menacé de dénoncer le « wokisme » de Walmart, avant d’avoir, selon lui, des « discussions productives » avec l’entreprise, qui aurait alors réduit ses initiatives en matière de DEI.

Robby Starbuck a également revendiqué un rôle dans l’abandon des politiques DEI par McDonald’s. Sur X, il a affirmé avoir prévenu l’entreprise qu’il publierait un article dénonçant ses pratiques « woke » trois jours avant l’annonce officielle de ses changements de politique.

 

Critiques principales

La Human Rights Campaign (HRC), dont l’Indice d’égalité des entreprises est régulièrement affecté par le recul des politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), a vivement critiqué cette tendance dans son magazine de l’automne 2024. L’organisation a dénoncé une « campagne coordonnée menée par les mêmes acteurs à l’origine des offensives législatives et judiciaires anti-LGBTQ+ à travers le pays ».

HRC a également reproché à Robby Starbuck d’avoir « déformé » l’Indice d’égalité des entreprises en le présentant comme un « outil coercitif imposant des politiques “woke” aux entreprises ». L’organisation précise au contraire qu’il s’agit d’un « référentiel volontaire et largement reconnu pour favoriser l’inclusion des personnes LGBTQ+ sur le lieu de travail ».

De son côté, Mark Cuban a souvent pris la défense des politiques DEI. En avril, il affirmait être convaincu des bienfaits de ces politiques, soulignant leur impact positif sur les performances des entreprises, en s’appuyant sur son expérience d’investisseur dans des centaines de sociétés.

 

Contexte clé

Certaines entreprises ayant réduit leurs programmes de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) ont justifié leur décision en s’appuyant sur l’arrêt Students for Fair Admissions v. Harvard, rendu par la Cour suprême en juin 2023. Cette décision a établi que prendre en compte la race dans les admissions universitaires violait la Clause de Protection égale du Quatorzième Amendement de la Constitution des États-Unis.

 

Un article de Conor Murray et Molly Bohannon pour Forbes US – traduit par Lisa Deleforterie


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